11.1 La représentation commune : un monde d'États-nations souverains
Les représentations communes de la politique mondiale donnent à voir l'ÉTAT SOUVERAIN TERRITORIAL comme la FORME DOMINANTE d'organisation politique. Les États qui forment le système interétatique actuel sont considérés comme des ÉTATS-NATION, c'est-à-dire que leur population formerait un GROUPE partageant et se reconnaissant dans une IDENTITÉ COMMUNE, même si en pratique une telle homogénéité n'existe pas. l'organisation des nations unies (ONU) compte actuellement 193 ÉTATS MEMBRES (le dernier accédant étant le Soudan du Sud en 2011), considérés comme L'ENSEMBLE DES ÉTATS INTERNATIONALEMENT RECONNUS.
21.2 La définition wébérienne de l'État
La compréhension classique de l'État est celle de MAX WEBER (1864-1920). Il le définit comme "une communauté humaine qui, DANS LES LIMITES D'UN TERRITOIRE DÉTERMINÉ, revendique avec succès pour son propre compte le MONOPOLE DE LA VIOLENCE PHYSIQUE LÉGITIME ". La violence n'est pas le seul moyen normal de l'État, mais elle est son MOYEN SPÉCIFIQUE. Cette définition ne se limite pas à l'exercice de la violence par l'État, elle intègre aussi la violence AUTORISÉE par l'État : l'État est l'unique source du "DROIT" à la violence.
De cette définition découlent plusieurs caractéristiques centrales :
· L'État est une ORGANISATION qui revendique le monopole de la violence physique légitime, et PAR EXTENSION le monopole sur d'autres formes de CONTRAINTE ou de COERCITION (impôts, enfermement, etc.).
· L'État est une ORGANISATION TERRITORIALE. Son monopole s'exerce dans un ESPACE LIMITÉ, borné par des frontières.
· L'État est une ORGANISATION SOUVERAINE. Son monopole et l'autorité qui en découle au sein d'un territoire donné sont EXCLUSIFS.
31.3 Les implications pour la politique mondiale
Par extension, l'exclusivité de l'autorité d'un État (sa SOUVERAINETÉ) doit faire l'objet d'une RECONNAISSANCE de la part des AUTRES ÉTATS. De manière codifiée en droit, les États sont donc ÉGAUX, et un État ne peut théoriquement imposer son autorité à un autre par la force. En reconnaissant mutuellement leur souveraineté, les États se reconnaissent également comme les SEULES ORGANISATIONS LÉGITIMES à représenter les INTÉRÊTS COLLECTIFS de leur population sur la scène internationale, à garantir sa sécurité et son bien-être. Cette reconnaissance mutuelle implique que le système interétatique est également ANARCHIQUE : il n'existe aucune organisation politique qui puisse s'imposer aux États qui le composent SANS leur CONSENTEMENT (même si l'Union européenne peut forcer des États, c'est parce qu'ils y ont consenti au préalable).
41.4 Récapitulatif et limites de cette conception
· Un État se définit par trois éléments : un MONOPOLE RÉUSSI de la violence légitime, qui fonde sa capacité à gouverner un TERRITOIRE et une POPULATION.
· Dans le système interétatique, les États se reconnaissent comme MUTUELLEMENT SOUVERAINS, ÉGAUX EN DROIT, et comme les REPRÉSENTANTS EXCLUSIFS de leur population.
· Cela implique un système ANARCHIQUE au niveau international.
Cependant, cette compréhension de l'État est ABSTRAITE et IDÉALISÉE. Elle masque une très grande HÉTÉROGÉNÉITÉ de situations et ne reflète pas le caractère HIÉRARCHIQUE et HÉGÉMONIQUE du monde interétatique. En pratique, 70% de la législation belge, par exemple, découle de la politique européenne, ce qui montre l'imbrication des ordres politiques
52.1 La nécessité de nuancer la conception interétatique
La politique mondiale ne se limite pas au monde interétatique pour plusieurs raisons :
· La généralisation de l'ÉTAT SOUVERAIN TERRITORIAL à l'échelle mondiale date de moins d'un siècle (principalement les années 1960-70). En 1949, la mosaïque étatique actuelle n'existait pas ; de nombreuses puissances étaient des EMPIRES possédant des colonies.
· L'histoire mondiale de la période moderne à contemporaine est principalement marquée par les ORGANISATIONS POLITIQUES IMPÉRIALES, et par des relations HIÉRARCHIQUES et HÉGÉMONIQUES plutôt qu'horizontales et formellement égalitaires.
· La matrice du système interétatique actuel a émergé DANS LE CADRE DES EMPIRES, et non contre eux. Les relations impériales en sont la matrice.
· La politique mondiale ne se résume pas aux relations entre États ; elle est également façonnée par D'AUTRES ACTEURS.
L'actualité récente nous rappelle que la politique mondiale peut tout aussi bien être qualifiée de POST-IMPÉRIALE que d'interétatique. Elle reste FAÇONNÉE par les histoires, les géographies et les techniques politiques produites par les RELATIONS IMPÉRIALES et INTERIMPÉRIALES.
62.2 Deux exemples contemporains d'héritages impériaux
· les attaques militaires ÉTATS-UNIENNES SUR LE VENEZUELA (tentative d'enlèvement de Maduro, etc.) : Ces actions ne sont pas des techniques nouvelles. Elles renvoient à une longue histoire de l'IMPÉRIALISME AMÉRICAIN :
· La DOCTRINE MONROE et son corollaire, le COROLLAIRE ROOSEVELT, par lequel les États-Unis revendiquent un DROIT D'INTERVENTION sur le continent américain.
· Les attaques et ANNEXIONS de la fin du 19e et du début du 20e siècle sous les administrations MCKINLEY (HAWAÏ en 1898, GUAM, PORTO RICO, PHILIPPINES, CUBA après la guerre hispano-américaine) et THÉODORE ROOSEVELT (médiation dans la crise vénézuélienne de 1902-1903, concession de la zone du canal de PANAMA en 1903).
· Les INVASIONS plus récentes de la GRENADE (1983) sous Reagan et du PANAMA (1989-1990) sous George H. Bush.
Ces techniques, apprises et réactivées par les administrations successives, montrent la persistance d'une logique impériale.
· LES DEMANDES DE L'ADMINISTRATION TRUMP CONCERNANT LE GROENLAND : Cette idée peut sembler anachronique, mais elle s'inscrit dans une histoire longue :
· Le Groenland a été une COLONIE DANOISE à partir de 1721 et jusqu'en 1953, date à laquelle il est devenu une PROVINCE DANOISE. Il a obtenu un statut d'AUTONOMIE en 1979, élargi en 2009.
· Les États-Unis ont déjà tenté d'ACHETER le Groenland par le passé, dès 1867 sous SEWARD (le secrétaire d'État ayant négocié l'achat de l'ALASKA à la Russie). Ils ont réessayé en 1910-1917 avant de se rabattre sur les ÎLES VIERGES. En 1941, en pleine guerre, ils ont proposé au Danemark de défendre le Groenland et y ont établi une présence militaire qui perdure.
· Cette affaire interroge sur la NATURALISATION de "l'européanité" du Groenland et, in fine, sur le droit à l'AUTODÉTERMINATION des Groenlandais·e·s au regard de la COLONIALITÉ des relations entre le Groenland, le Danemark et l'Europe.
Ces exemples illustrent la CONTINGENCE de l'histoire : il n'y a pas de sens de l'histoire ni de mécanique qui nous amène là où nous sommes. Le présent est une POSSIBILITÉ parmi d'autres
73.1 Les organisations non gouvernementales (ONG)
Des milliers d'ONG participent à la politique mondiale. L'exemple donné est celui de la FONDATION BILL & MELINDA GATES.
· Il s'agit d'une organisation CARITATIVE déployée à l'échelle mondiale, finançant des actions dans le domaine du DÉVELOPPEMENT et de la SANTÉ.
· Son budget en 2016 était de 4,5 MILLIARDS DE DOLLARS US.
· Pour donner un ordre de grandeur (la comparaison n'est pas totalement valide), ce budget était supérieur ou égal au PRODUIT NATIONAL BRUT (PNB) 2022 de dizaines de pays dans le monde, comme le Bélize, le Lesotho, le Libéria ou la République centrafricaine.
83.2 Les entreprises multinationales
Les entreprises multinationales sont des acteurs mondiaux majeurs. Le cas du groupe pétrolier BP est analysé.
· Le groupe est composé de CENTAINES DE FILIALES et sous-filiales réparties dans le monde entier.
· Les filiales ne sont pas uniquement installées dans des pays où l'on EXTRAIT DES HYDROCARBURES, mais aussi dans des JURIDICTIONS À LA FISCALITÉ ACCUEILLANTES, comme les ÎLES VIERGES BRITANNIQUES ou les ÎLES CAÏMANS, pour des raisons d'optimisation financière.
93.3 Les sociétés transnationales : les migrations
Le nombre de MIGRANT·E·S INTERNATIONAUX est en augmentation dans toutes les régions du monde. En 2021, les personnes migrantes représentaient 3,6% DE LA POPULATION MONDIALE.
· Un·e migrant·e est défini·e comme une personne qui a changé son lieu habituel de résidence à titre temporaire ou définitif en FRANCHISSANT une frontière Internationale, quelle qu'en soit la raison, DEPUIS au moins 12 mois.
· Ce phénomène montre que les flux de personnes TRANSCENDENT constamment le cadre interétatique.
10Conclusion
Notre représentation habituelle du monde politique avec ses découpages en ÉTATS SOUVERAINS est TROMPEUSE.
· La politique mondiale n'a pas toujours, ni même principalement, été interétatique. Sur la période considérée par le cours, elle est même PRINCIPALEMENT IMPÉRIALE ET INTERIMPÉRIALE.
· Les relations interétatiques ne sont pas toujours organisées sur le modèle de l'égalité souveraine : elles sont ANARCHIQUES, mais aussi HIÉRARCHIQUES et HÉGÉMONIQUES.
· La politique mondiale ne se limite pas aux relations interétatiques, même si elles ont une importance certaine.
- Ces relations interétatiques sont IMBRIQUÉES dans des relations ÉCONOMIQUES et SOCIALES qui se déploient aujourd'hui à l'échelle mondiale.
· Aux relations interétatiques s'ajoutent et se mêlent des relations entre et avec une VARIÉTÉ D'ACTEURS NON-ÉTATIQUES (ONG, firmes multinationales, populations migrantes, etc.)
111. Déconstruire le récit : Les empires et le « vol de l'histoire »
1.1 L'Empire comme forme politique spécifique
L'histoire mondiale a connu une MULTITUDE D'ORGANISATIONS politiques (ou « polités ») telles que les tribus, les royaumes, les cités-États ou les empires. AUCUNE de ces formes n'est « NATURELLE » ou éternelle. L'organisation contemporaine du monde, basée sur l'État-nation souverain et territorial, est en réalité une EXCEPTION historique récente, et non l'aboutissement inéluctable d'une évolution linéaire.
Parmi ces formes, l'empire se DISTINGUE par plusieurs spécificités :
· Une GRANDE échelle et une structure CENTRE-PÉRIOHÉRIE : L'empire s'étend sur de vastes territoires, de façon continue OU dispersée. Il est organisé autour d'un centre (la MÉTROPOLE) qui établit des relations de DOMINATION avec des provinces, des dépendances et des peuples SUBJUGUÉS.
· Un caractère EXPANSIONNISTE : Contrairement à l'État-nation aux frontières fixes, l'empire est par nature en expansion ou est le FRUIT d'expansions successives.
· La gestion de la différence : L'empire ne cherche PAS à HOMOGÉNÉISER sa population comme l'État-nation. Au contraire, il perpétue une HIÉRARCHIE explicite entre les PEUPLES, qui sont GOUVERNÉS DIFFÉREMMENT selon leur statut, leur origine ou leur loyauté. L'hétérogénéité est une caractéristique CONSTITUTIVE, et non un problème à résoudre.
Face à l'enjeu commun de gouverner des populations diverses et éloignées, les empires ont développé des PRATIQUES et TECHNIQUES politiques VARIÉES :
· Le recours aux INTERMÉDIAIRES : Pour pallier la distance et le manque d'effectifs, les empires s'appuient sur des RELAIS. Ceux-ci peuvent être des COLONS venus de la métropole, des ÉLITES LOCALES cooptées, ou même des POPULATIONS TRANSPLANTÉES (comme le système du devşirme dans l'Empire ottoman, qui consistait à enrôler de force des jeunes chrétiens pour en faire des janissaires et des hauts fonctionnaires).
· Des politiques de la DIFFÉRENCE DIFFÉRENCIÉES : La gestion de l'hétérogénéité peut aller d'une SÉGRÉGATION raciale STRICTE (dans les empires coloniaux européens du 19e-20e siècle) à une RECONNAISSANCE des SPÉCIFICITÉS locales pour s'assurer la LOYAUTÉ des peuples conquis.
· Des relations inter-impériales complexes : Les empires ne se développent pas en vase clos. Ils entretiennent des relations de CONCURRENCE, de COOPÉRATION ou D'IMITATION.
· Des modes de légitimation : L'exercice du pouvoir impérial doit être JUSTIFIÉ, tant auprès des populations de la MÉTROPOLE que des POPULATIONS SUBJUGUÉES. La « mission civilisatrice » des empires coloniaux européens en est un exemple emblématique.
121.2 Le problème du « vol de l'histoire » (Jack Goody)
L'histoire mondiale a connu une MULTITUDE D'ORGANISATIONS politiques (ou « polités ») telles que les tribus, les royaumes, les cités-États ou les empires. AUCUNE de ces formes n'est « NATURELLE » ou éternelle. L'organisation contemporaine du monde, basée sur l'État-nation souverain et territorial, est en réalité une EXCEPTION historique récente, et non l'aboutissement inéluctable d'une évolution linéaire.
Parmi ces formes, l'empire se DISTINGUE par plusieurs spécificités :
· Une GRANDE échelle et une structure CENTRE-PÉRIOHÉRIE : L'empire s'étend sur de vastes territoires, de façon continue OU dispersée. Il est organisé autour d'un centre (la MÉTROPOLE) qui établit des relations de DOMINATION avec des provinces, des dépendances et des peuples SUBJUGUÉS.
· Un caractère EXPANSIONNISTE : Contrairement à l'État-nation aux frontières fixes, l'empire est par nature en expansion ou est le FRUIT d'expansions successives.
· La gestion de la différence : L'empire ne cherche PAS à HOMOGÉNÉISER sa population comme l'État-nation. Au contraire, il perpétue une HIÉRARCHIE explicite entre les PEUPLES, qui sont GOUVERNÉS DIFFÉREMMENT selon leur statut, leur origine ou leur loyauté. L'hétérogénéité est une caractéristique CONSTITUTIVE, et non un problème à résoudre.
Face à l'enjeu commun de gouverner des populations diverses et éloignées, les empires ont développé des PRATIQUES et TECHNIQUES politiques VARIÉES :
· Le recours aux INTERMÉDIAIRES : Pour pallier la distance et le manque d'effectifs, les empires s'appuient sur des RELAIS. Ceux-ci peuvent être des COLONS venus de la métropole, des ÉLITES LOCALES cooptées, ou même des POPULATIONS TRANSPLANTÉES (comme le système du devşirme dans l'Empire ottoman, qui consistait à enrôler de force des jeunes chrétiens pour en faire des janissaires et des hauts fonctionnaires).
· Des politiques de la DIFFÉRENCE DIFFÉRENCIÉES : La gestion de l'hétérogénéité peut aller d'une SÉGRÉGATION raciale STRICTE (dans les empires coloniaux européens du 19e-20e siècle) à une RECONNAISSANCE des SPÉCIFICITÉS locales pour s'assurer la LOYAUTÉ des peuples conquis.
· Des relations inter-impériales complexes : Les empires ne se développent pas en vase clos. Ils entretiennent des relations de CONCURRENCE, de COOPÉRATION ou D'IMITATION.
· Des modes de légitimation : L'exercice du pouvoir impérial doit être JUSTIFIÉ, tant auprès des populations de la MÉTROPOLE que des POPULATIONS SUBJUGUÉES. La « mission civilisatrice » des empires coloniaux européens en est un exemple emblématique.
132.1 Les voyages de Zheng He : Une mondialisation chinoise
L'exemple le plus frappant de cet ordre mondial est celui des 7 voyages de l'amiral chinois Zheng He (1405-1433). Eunuque de la cour impériale, il conduit d'immenses flottes (« FLOTTES AU TRÉSOR ») à travers l'Asie du Sud-Est, L'OCÉAN INDIEN, jusqu'aux côtes orientales de L'AFRIQUE.
Ces expéditions répondent à des objectifs politiques précis pour l'empereur YONGLE, arrivé au pouvoir par un coup d'État :
· Asseoir sa LÉGITIMITÉ en démontrant que les autres souverains d'Asie et d'Afrique le reconnaissent comme SUZERAIN et lui versent un TRIBUT.
· SÉCURISER les routes MARITIMES pour affirmer la puissance des MING.
· Établir un vaste RÉSEAU DIPLOMATIQUE en transportant ÉMISSAIRES et présents.
Ces voyages, qui mobilisent des dizaines de milliers d'hommes, montrent que :
· L'Europe n'est PAS LA PREMIÈRE à chercher à se « PARTAGER LE MONDE » ou à établir des RELATIONS DIPLOMATIQUES à longue distance.
· Il existe déjà un monde AFRO-ASIATIQUE INTERCONNECTÉ, où la CHINE joue un rôle Dominant.
· Les CONTACTS entre les mondes arabo-musulmans, indiens, chinois et africains sont ANCIENS et INTENSES.
142.2 La société swahilie : L'Afrique, carrefour commercial
L'historiographie traditionnelle a souvent relégué l'Afrique à un rôle passif, mais les CITÉS-ÉTATS de la côte SWAHILIE (de la Somalie au Mozambique) contredisent cette vision. Dès le 7e siècle, cette région est un NŒUD COMMERCIAL essentiel, intégrée aux réseaux de l'océan Indien. On y échange de L'OR, de L'IVOIRE, des ESCLAVES CONTRE des TEXTILES et des PORCELAINES en provenance d'Inde et de Chine. Les commerçants swahilis, arabes, perses puis indiens (GUJARATIS) animent un commerce florissant.
L'arrivée des PORTUGAIS au 16e siècle n'est PAS une « DÉCOUVERTE » mais bien une INTRUSION VIOLENTE dans un espace économique déjà prospère et structuré. Ils cherchent à PARASITER et à MONOPOLISER des réseaux préexistants, en utilisant la force pour s'imposer.
153.1 Les « Grandes Découvertes » et le parasitisme ibérique
Les « Grandes Découvertes » (fin 15e - début 16e siècle) ne sont une découverte que du POV EUROPÉEN. Les sociétés américaines et afro-asiatiques se connaissaient et connaissaient leur environnement.
· En Amérique, les Espagnols (CASTILLANS) ouvrent une NOUVELLE ROUTE et établissent un espace colonial ex nihilo, fondé sur L'EXTRACTION de richesses (or, argent) et la DESTRUCTION des empires locaux.
· En Afrique et en Asie, les Portugais font tout autre chose : ils S'IMMISCENT dans des réseaux commerciaux qui existent depuis des siècles. Ils installent des COMPTOIRS fortifiés, comme le célèbre Fort de SAINT-GEORGES-de-la-MINE (Elmina) sur la côte de l'actuel GHANA, pour faire respecter le monopole royal qu'ils revendiquent.
Ce fort est une parfaite illustration des PRATIQUES impériales portugaises :
· Il est le fruit d'une VOLONTÉ ROYALE (Jean II) de CAPTER directement les BÉNÉFICES du commerce de l'or.
· Sa construction est NÉGOCIÉE avec les autorités locales (paiement d'un loyer, signature d'un traité), ce qui montre que les Européens ne sont PAS en position de FORCE ABSOLUE et doivent S'INTÉGRER dans les coutumes locales.
· C'est une ENCLAVE de PETITE TAILLE, DÉPENDANTE des communautés africaines pour sa nourriture, sa main-d'œuvre et son commerce, ce qui illustre le problème de la LÉGITIMATION et du recours aux INTERMÉDIAIRES.
Les traités D'ALCÁÇOVAS (1479), de TORDESILLAS (1494) et de SARAGOSSE (1529), par lesquels les royaumes ibériques se partagent le monde (l'ouest pour l'Espagne, l'est pour le Portugal), sont avant tout des revendications qu'ils sont bien INCAPABLES de faire respecter face aux AUTRES PUISSANCES européennes.
163.2 La concurrence européenne : L'exemple hollandais
Dès la fin du 16e siècle, d'autres puissances européennes, comme les Provinces-Unies (Hollande), contestent ce monopole ibérique. En guerre contre L'ESPAGNE DES HABSBOURG, les Hollandais se lancent dans une EXPANSION COMMERCIALE ET MILITAIRE AGRESSIVE. Celle-ci est menée par des COMPAGNIES À CHARTE PRIVÉES, mais dotées de PRÉROGATIVES RÉGALIENNES par l'État :
· La VOC (Compagnie néerlandaise des Indes orientales) créée en 1602, conquiert des possessions PORTUGAISES en ASIE DU SUD-EST (prise de JAKARTA en 1619).
· La WIC (Compagnie néerlandaise des Indes occidentales) créée en 1621, s'attaque aux comptoirs portugais en AFRIQUE DE L'OUEST (conquête D'ELMINA en 1637).
Cette période marque le début des LUTTES inter-européennes pour le contrôle des ROUTES COMMERCIALES et des TERRITOIRES extra-européens.
173.3 Le mythe westphalien (1648)
Le récit européen fait de la Paix de Westphalie (1648), qui met fin aux guerres de TRENTE ANS et de QUATRE-VINGTS ANS, l'acte de naissance de L'ORDRE INTERNATIONAL MODERNE. On lui attribue la FORMALISATION de la SOUVERAINETÉ des États et le principe de NON-INGÉRENCE (cujus regio, ejus religio).
Cependant, cette vision est largement un MYTHE pour plusieurs raisons :
· Périmètre limité : La paix de Westphalie est un règlement INTERNE à l'ordre politique EUROPÉEN. Elle n'a aucun effet immédiat sur le reste du monde et ne s'impose PAS aux grands empires OTTOMAN, PERSE ou CHINOIS.
· Non-respect de la paix : Elle ne met PAS FIN AUX GUERRES en Europe (la guerre FRANCO-ESPAGNOLE se poursuit jusqu'en 1659, puis viennent les guerres de Louis XIV).
· Absence de rupture : Elle s'inscrit dans la CONTINUITÉ de traités antérieurs (comme la paix D'AUGSBOURG de 1555) et ne TRANSFORME PAS du jour au lendemain les EMPIRES européens en ÉTATS-NATIONS modernes. Ceux-ci restent des « POLITÉS COMPOSITES », avec des possessions gouvernées de multiples façons (colonies de la couronne, comptoirs de compagnies privées, etc.).
18Conclusion
En définitive, cette analyse permet de « PROVINCIALISER » l'Europe et de déconstruire le récit linéaire du « VOL DE L'HISTOIRE ». L'expansion européenne à partir du 16e siècle n'est pas le fruit d'une supériorité innée, mais d'un processus CONTINGENT et SOUVENT PRÉDATEUR. Elle s'est appuyée sur des réseaux mondiaux PRÉEXISTANTS qu'elle a PARASITÉS (en Afrique et en Asie) et a profité de la découverte d'un continent (les Amériques) qui a fourni les ressources nécessaires à son essor.
L'ordre politique européen lui-même était loin d'être stabilisé : il était FRAGMENTÉ, en proie à des guerres intestines et ses structures étatiques étaient encore composites. La prétendue supériorité et l'universalité du modèle westphalien sont ainsi remises en cause. Cette relecture de l'histoire souligne que la MONDIALISATION n'est PAS une création européenne, mais un processus LONG et COMPLEXE auquel de nombreuses civilisations ont participé bien avant l'émergence de l'Europe comme centre de pouvoir.
19INTRODUCTION : UNE EMPRISE EUROPÉENNE EN MUTATION
Entre la FIN DU 17E SIÈCLE et le DÉBUT DU 19E SIÈCLE, l'emprise européenne sur une partie de l'ordre politique mondial s'affirme de manière décisive. Les expansionnismes FRANÇAIS et ANGLAIS (puis BRITANNIQUE à partir de 1707) prennent progressivement le relais des expansionnismes IBÉRIQUES (Espagne, Portugal) et HOLLANDAIS. Cette emprise est à la fois la cause et la conséquence de RIVALITÉS INTER-IMPÉRIALES INTENSES entre puissances européennes, mais aussi avec d'autres grandes organisations impériales. Ces rivalités, loin de freiner l'expansion, l'ALIMENTENT. Deux conflits majeurs structurent cette période : la GUERRE DE SEPT ANS (1756-1763) et les GUERRES NAPOLÉONIENNES (1799-1815). Parallèlement, de nouvelles pratiques et techniques politiques se développent à grande échelle dans les relations avec les populations non-européennes, relevant notamment de l'EXTERMINATION et de l'ASSERVISSEMENT.
201.1 Concurrences inter-impériales européennes
Le contexte des affrontements ultramarins est celui d'un expansionnisme prolongé par les empires ANGLAIS/BRITANNIQUE et FRANÇAIS.
· LE CONTEXTE EUROPÉEN : UNE PAIX DE WESTPHALIE MYTHIQUE
Contrairement à l'idée reçue, la Paix de Westphalie (1648) n'a pas créé une paix durable. Les "GUERRES DE LOUIS XIV" (1667-1714), à la fois défensives et expansionnistes, se succèdent. L'objectif français est notamment de se défaire de l'encerclement par l'empire des HABSBOURG.
· La GUERRE DE SUCCESSION D'ESPAGNE (1701-1713) est la dernière de ces guerres. Le roi d'Espagne meurt sans successeur. Louis XIV cherche à placer son petit-fils, PHILIPPE D'ANJOU, sur le trône, ce qui provoque une guerre entre la France et une coalition incluant les Provinces-Unies. L'alternative aurait été un Habsbourg sur le trône, recréant la puissance écrasante de CHARLES QUINT. Philippe d'Anjou accepte finalement d'être roi d'Espagne mais renonce à ses droits sur le trône de France. Le conflit s'achève par le TRAITÉ D'UTRECHT (1713).
· L'OREILLE DE JENKINS ET LES CONSÉQUENCES IMPÉRIALES D'UTRECHT
Le traité d'Utrecht a des conséquences directes sur les empires ultramarins. Il accorde à la Grande-Bretagne des privilèges commerciaux exclusifs dans les colonies espagnoles, notamment l'ASIENTO (le droit de fournir des esclaves) et le "NAVIRE DE PERMISSION" (un navire britannique par an autorisé à commercer). Les colonies espagnoles, voyant arriver des produits britanniques, voient leur demande augmenter. Ne pouvant recevoir qu'un seul navire officiel par an, la CONTREBANDE se développe massivement. Le capitaine ROBERT JENKINS, dont le navire est arraisonné par les garde-côtes espagnols, se voit couper l'oreille. En 1739, les partisans de la guerre au Parlement britannique l'invitent à témoigner, ce qui contribue à déclencher la GUERRE DE L'OREILLE DE JENKINS (1739-1748) contre l'Espagne.
· LA GUERRE DE SUCCESSION D'AUTRICHE (1740-1748)
Ce conflit oppose la maison de HABSBOURG (sous Marie-Thérèse) au royaume de PRUSSE (sous FRÉDÉRIC II) pour le contrôle de la SILÉSIE. Cette guerre se déroule également hors d'Europe, avec la PREMIÈRE GUERRE CARNATIQUE (1746-1748) qui oppose Britanniques et Français dans le Sud de l'Inde, via leurs COMPAGNIES À CHARTE respectives (East India Company et Compagnie française des Indes orientales), dans le contexte du délitement de l'EMPIRE MOGHOL.
· La PAIX D'AIX-LA-CHAPELLE (1748) acte un retour au STATU QUO ANTE : les belligérants rendent leurs conquêtes respectives, à l'exception de la conquête de la Silésie par la Prusse. Cependant, les RIVALITÉS COLONIALES NE SONT PAS RÉGLÉES.
211.2 Les expansionnismes français et britannique
· LE PREMIER EMPIRE COLONIAL FRANÇAIS (17E-18E SIÈCLES)
Il s'étend principalement en AMÉRIQUE DU NORD (fondation de Québec par Champlain en 1608) et aux ANTILLES (annexion de la partie ouest de Saint-Domingue, actuel Haïti, en 1698). En AFRIQUE DE L'OUEST, la France s'inspire des TECHNIQUES IBÉRIQUES en construisant des forts, comme le Fort de Saint-Louis (Sénégal, 1659), et crée la COMPAGNIE DU SÉNÉGAL (1673), qui mène à la conquête de l'île de GORÉE (1677). Elle s'implante également dans l'OCÉAN INDIEN (îles MASCAREIGNES : La Réunion et Maurice, 1638) et dans le SOUS-CONTINENT INDIEN avec la création de la COMPAGNIE FRANÇAISE DES INDES ORIENTALES (1664) pour contrer les Hollandais, et l'achat de PONDICHÉRY (1673).
· LE PREMIER EMPIRE COLONIAL ANGLAIS/BRITANNIQUE
L'expansion anglaise s'amorce après la fin de la guerre ANGLO-ESPAGNOLE (1585-1604). Elle se déploie aux CARAÏBES (Saint Kitts, Barbade, puis Jamaïque) et en AMÉRIQUE DU NORD (première colonie permanente à Jamestown, Virginie, 1607). La COMPAGNIE DE LA BAIE D'HUDSON (1670) obtient un monopole royal sur une large partie du Canada actuel. La ROYAL AFRICAN COMPANY (1672) organise les implantations sur les côtes ouest-africaines. En INDE, la EAST INDIA COMPANY (EIC, créée en 1600) établit ses premiers comptoirs (MACHILIPATNAM, 1611 ; Surate, 1615) et obtient un premier accord commercial avec l'empereur moghol JAHÂNGIR.
· Ces expansions impliquent des CONFLITS avec les empires espagnol (Caraïbes, Amérique du Nord), hollandais (Asie du Sud-Est) et portugais, et prennent appui sur la DÉLÉGATION AUX COMPAGNIES À CHARTE.
221.3 La Guerre de Sept Ans (1756-1763) : un tournant mondial
· CAUSES : Elle découle des tensions non résolues par la Paix d'Aix-la-Chapelle (la question de la Silésie entre la Prusse et les Habsbourg) et des CONFLITS COLONIAUX entre la France et la Grande-Bretagne en AMÉRIQUE DU NORD (revendications britanniques sur la "Nouvelle-France", du Canada à la Louisiane) et, dans une moindre mesure, en INDE (seconde guerre carnatique, 1749-1754, qui s'achève sur une victoire de l'EIC et de ses alliés moghols).
· UN CONFLIT MONDIAL : C'est le PREMIER CONFLIT ENTRE PUISSANCES EUROPÉENNES À L'ÉCHELLE MONDIALE. Il oppose deux alliances : la GRANDE-BRETAGNE (alliée à la Prusse) contre la FRANCE (alliée à l'Autriche et à l'Espagne).
· THÉÂTRES D'OPÉRATIONS : La conflagration se joue sur plusieurs continents : guerre de la Conquête en Amérique du Nord (French and Indian War, 1754-63), TROISIÈME GUERRE CARNATIQUE en Inde (opposant les compagnies des Indes et leurs alliés indiens), et guerre anglo-espagnole (1762-63) au Portugal, en Amérique du Sud, à Cuba et aux Philippines.
· BILAN : Particulièrement meurtrière (environ 1 MILLION DE MORTS), la guerre s'achève par une VICTOIRE BRITANNIQUE ÉCLATANTE. La France perd une grande partie de son premier empire colonial (Amérique du Nord, à l'exception de la Louisiane ; fin de sa présence militaire en Inde).
· CONSÉQUENCES EN INDE : La BATAILLE DE PLASSEY (1757) est une victoire décisive de l'EIC et de ses alliés sur le souverain du Bengale et ses alliés français. Le TRAITÉ D'ALLAHABAD (1765) marque un tournant majeur : l'empereur Moghol accorde à la Compagnie le droit de COLLECTER L'IMPÔT (le DIWANI) dans une partie des provinces orientales de l'empire. On passe ainsi d'une compagnie gérant des comptoirs commerciaux à une compagnie contrôlant des TERRITOIRES ET ADMINISTRANT L'IMPÔT. L'objectif de l'EIC, compagnie PRIVÉE devant verser un tribut à la Couronne, reste la maximisation des profits.
231.4 Impérialismes européens et populations non-européennes : extermination et asservissement
La domination européenne se déploie aussi par l'EXPLOITATION et l'EXTERMINATION des populations non-européennes.
· LA "GRANDE MORT" (THE GREAT DYING)
· DÉFINITION : Expression de l'historien Eric Wolf (1982) désignant l'EFFONDREMENT DÉMOGRAPHIQUE des populations AUTOCHTONES DES AMÉRIQUES au contact des explorateurs et conquérants européens.
· CAUSES : Liée à "L'ÉCHANGE COLOMBIEN", c'est-à-dire les échanges biologiques (microbes, plantes, animaux) entre les Amériques et l'Eurasie. Les épidémies de maladies apportées par les Européens (VARIOLE, ROUGEOLE, GRIPPE, PESTE, TYPHUS, CHOLÉRA) puis par les esclaves africains (FIÈVRE JAUNE) ont décimé des populations AMÉRINDIENNES, qui n'y étaient pas immunisées. Cette mortalité a été AMPLIFIÉE PAR LA VIOLENCE de la conquête et l'asservissement des survivants, notamment par les Espagnols.
· CHIFFRES : Le déclin est estimé à 90% DES POPULATIONS INDIGÈNES en environ un siècle (1492-1610), soit environ 50 MILLIONS DE MORTS. C'est la "dépopulation" la plus importante de l'histoire de l'humanité.
· CONSÉQUENCES : La disponibilité de grandes surfaces agricoles et l'absence de main-d'œuvre servile pour les exploiter ont poussé les puissances coloniales à développer les TRAITES NÉGRIÈRES et l'ESCLAVAGE DE PLANTATION. Il ne faut cependant pas réduire la relation à l'extermination : des nations autochtones d'Amérique du Nord ont participé à la guerre de Sept Ans comme alliés des Britanniques ou des Français.
· LES TRAITES NÉGRIÈRES
· DÉFINITION : On parle de TRAITES (au pluriel) plutôt que de "commerce" pour souligner le caractère RACISÉ de la pratique (elle concerne exclusivement les PERSONNES NOIRES AFRICAINES) et son caractère RELATIONNEL (des personnes deviennent esclaves dans leurs relations avec des acteurs esclavagistes, les NÉGRIERS).
· TROIS RÉSEAUX IMBRIQUÉS :
1. La TRAITE OCCIDENTALE (transatlantique et océan Indien) : 12 MILLIONS de personnes déportées entre 1500 et 1875 (3 siècles et demi).
2. La TRAITE ORIENTALE (vers l'Afrique du Nord, le Moyen-Orient et l'Asie) : 17 MILLIONS de personnes déportées sur une période beaucoup plus longue (du 7e à la 2e moitié du 19e siècle, soit 13 siècles).
3. La TRAITE INTERNE à l'espace africain subsaharien : environ 12 MILLIONS de personnes déportées sur 13 siècles (estimation avec une marge d'incertitude importante).
· SPÉCIFICITÉS :
· Racisées (uniquement des Africains noirs).
· Système d'ÉCHANGE (tribut ou commerce) entre différents acteurs, parfois appelé "COMMERCE TRIANGULAIRE" (une expression problématique car trop simplificatrice : tous les bateaux ne FAISAIENT PAS le triangle, et il y avait PLUSIEURS triangles).
· Pratique ORGANISÉE impliquant des entités politiques sur 4 CONTINENTS (Afrique, Amériques, Europe, Asie).
· Tous les PAYS EUROPÉENS (ainsi que les États-Unis après leur indépendance) y ont participé, avec une intensité particulière dans l'espace LUSOPHONE (Portugal - Angola - Brésil).
· TENSIONS ET INSTRUMENTALISATIONS :
· Certains discours MINIMISENT le rôle des acteurs européens en soulignant l'existence de l'esclavage en Afrique AVANT leur arrivée.
· Il est crucial de rappeler que la TRAITE OCCIDENTALE a déporté 12 MILLIONS DE PERSONNES EN MOINS DE 4 SIÈCLES, que leur DESCENDANCE A ÉTÉ ASSERVIE, et que ce système était CENTRAL pour l'activité économique des plantations américaines, sous contrôle politique direct (ex. Royal African Company).
· CONTRIBUTION ÉCONOMIQUE À LA DOMINATION EUROPÉENNE : La contribution des traites et de l'esclavagisme au développement économique européen est un sujet de débat, mais plusieurs points sont établis :
· À la fin du 18e siècle, l'ensemble des activités liées aux traites et à l'esclavage dans les Caraïbes et en Amérique du Nord pourrait avoir représenté environ 11% DU PIB BRITANNIQUE.
· L'économie de CONSOMMATION de produits issus des plantations (SUCRE, RIZ, TABAC, COTON, CAFÉ) a été CENTRALE pour l'essor économique de l'Europe occidentale.
· En permettant de baisser les coûts de production et de tirer parti des terres agricoles américaines, les traites et l'esclavage ont permis la REDIRECTION DES FACTEURS DE PRODUCTION (capital et travail) vers l'activité INDUSTRIELLE, notamment en Angleterre, participant ainsi aux conditions de la RÉVOLUTION INDUSTRIELLE. L'esclavage fut l'une des conditions de l'émergence d'une ÉCONOMIE DE MARCHÉ CAPITALISTE (ou proto-capitaliste) TRANSATLANTIQUE.
242.1 La révolution franco-haïtienne (Burbank & Cooper)
Cette expression qualifie la manière dont les débats sur la citoyenneté et la souveraineté populaire se déploient dans le contexte de l'EMPIRE FRANÇAIS après 1789.
· CONTEXTE IMPÉRIAL : Après la guerre de Sept Ans, la France a perdu la plupart de ses colonies, à l'exception des îles sucrières des Caraïbes, notamment SAINT-DOMINGUE, la plus prospère.
· LES DILEMMES DE LA RÉVOLUTION : Après 1789, la DÉCLARATION DES DROITS DE L'HOMME ET DU CITOYEN soulève un débat : s'applique-t-elle universellement, y compris aux peuples colonisés, ou doit-elle être hiérarchisée ? En 1791, un SOULÈVEMENT DES ESCLAVES éclate à Saint-Domingue. Il dégénère en un conflit multiple opposant ROYALISTES et RÉPUBLICAINS, PLANTEURS BLANCS et PERSONNES LIBRES RACISÉES ("gens de couleur"), ESCLAVES et ESCLAVAGISTES.
· TENTATIVES DE SOLUTION IMPÉRIALE : Craignant de perdre un territoire économiquement vital, les autorités françaises concèdent d'abord le statut de citoyen à toutes les PERSONNES LIBRES (1792), puis ABOLISSENT L'ESCLAVAGE et déclarent les ANCIENS ESCLAVES CITOYENS (1793-94). La Constitution de 1795 déclare les colonies PARTIE INTÉGRANTE DE LA RÉPUBLIQUE FRANÇAISE. On peut donc être TOUS ÉGAUX EN DROITS ET FRANÇAIS au sein de l'empire.
· TOUSSAINT LOUVERTURE (VERS 1743-1803) :
· Ancien esclave affranchi, il se rallie au soulèvement de 1791, puis aux forces républicaines en 1793. Il devient GOUVERNEUR-GÉNÉRAL DE SAINT-DOMINGUE en 1797.
· Il incarne la volonté d'une partie des révolutionnaires de maintenir l'île au sein de l'empire français tout en construisant une CITOYENNETÉ IMPÉRIALE et une ÉMANCIPATION AU SEIN DE L'EMPIRE. Il rédige une constitution pour Saint-Domingue en 1801.
· En 1802, NAPOLÉON envoie une armée pour mater les soulèvements et RÉTABLIR L'ESCLAVAGE. Louverture se rend, est incarcéré en France et y meurt en 1803. Cependant, les anciens esclaves vainquent les troupes napoléoniennes. La République d'HAÏTI est proclamée en 1804.
· DE LA CITOYENNETÉ IMPÉRIALE À L'INDÉPENDANCE NATIONALE : La trajectoire haïtienne montre que l'idée d'une opposition tranchée entre souveraineté populaire et empire est trompeuse. La réalisation de la souveraineté populaire au sein de l'empire français n'a été interrompue que par le coup de force napoléonien. L'indépendance acquise, la France impose à Haïti, pour la RECONNAISSANCE DE SON INDÉPENDANCE (1825), le versement d'une INDEMNITÉ destinée à dédommager les anciens propriétaires d'esclaves. Pour payer, Haïti doit contracter un prêt auprès de banques françaises, créant une "DOUBLE DETTE" qui illustre les techniques de création de relations économiques ASYMÉTRIQUES avec les anciennes colonies.
252.2 Les révolutions créoles américaines
Ce sont des soulèvements politiques animés par les populations de COLONS (CRÉOLES) expédiés par les métropoles européennes (Angleterre, Espagne, Portugal) sur le continent américain. Ce sont d'abord des RÉVOLTES POUR OBTENIR DES CONCESSIONS ÉCONOMIQUES OU POLITIQUES AU SEIN DES EMPIRES, avant de devenir des révolutions pour l'indépendance.
· LA RÉVOLUTION ÉTATS-UNIENNE (1775-1783)
· CONTEXTE POST-GUERRE DE SEPT ANS : La métropole britannique exerce une PRESSION FISCALE accrue sur ses colonies d'Amérique du Nord, qui ont pourtant contribué à l'effort de guerre. À cela s'ajoutent les LIMITATIONS imposées par la Couronne à l'expansion coloniale (interdiction de coloniser à l'ouest des APPALACHES).
· REVENDICATIONS : Les créoles réclament d'être REPRÉSENTÉS au Parlement de Londres selon les mêmes modalités que les habitants de la métropole ("NO TAXATION WITHOUT REPRESENTATION"). La combinaison de l'extraction fiscale et de l'absence de représentation fait basculer les ÉLITES INTERMÉDIAIRES dans la révolte.
· UN CONFLIT COMPLEXE : Il n'y a pas d'unanimité : environ un TIERS de "LOYALISTES" (fidèles à la Couronne), un TIERS de "PATRIOTES" (indépendantistes), et un TIERS d'INDÉCIS.
· GUERRE INTER-IMPÉRIALE : Le conflit devient à la fois une guerre d'indépendance et une guerre inter-impériale, avec l'implication de la FRANCE (1778) puis de l'ESPAGNE (1779) aux côtés des INSURGÉS.
· DYNAMIQUES PRINCIPALES : Les communautés politiques coloniales sont traversées de CLIVAGES (ex. les Britanniques incitent les esclaves noirs à les rejoindre en échange de la liberté). On observe des oscillations entre la recherche d'une CITOYENNETÉ impériale améliorée et la revendication d'une INDÉPENDANCE nationale. La révolte des INTERMÉDIAIRES IMPÉRIAUX se retourne contre l'organisation impériale.
· LES SOULÈVEMENTS DANS LES AMÉRIQUES IBÉRIQUES (1809-1825)
· Forts parallèles avec la révolution étasunienne : révoltes des INTERMÉDIAIRES impériaux hispanophones exigeant des réformes au sein de l'empire espagnol, en réaction à une pression FISCALE accrue liée aux guerres en Europe et à la volonté de COMMERCER plus librement.
· L'EFFONDREMENT DE LA MÉTROPOLE : La PRISE DE CONTRÔLE NAPOLÉONIENNE de l'Espagne (1808) provoque une double crise : une INSURRECTION en Espagne contre l'occupation française, et des SOULÈVEMENTS CRÉOLES dans les colonies américaines (1810 : Caracas, Buenos Aires, Bogotá, Santiago ; 1811 : déclaration d'indépendance du Venezuela).
· LA CONSTITUTION DE CADIX (1812) : Face à ce chaos, les CORTES (parlement) convoquées à CADIX rassemblent des représentants de la métropole et des colonies. Elles rédigent une CONSTITUTION qui instaure la SOUVERAINETÉ NATIONALE, une monarchie constitutionnelle et une série de droits. Elle définit la "NATION ESPAGNOLE" comme incluant les Espagnols des "DEUX HÉMISPHÈRES". Cependant, la définition de la nation est tendue (entre "péninsulaires" et coloniaux) et ne tranche pas entièrement la question de l'inclusion des AUTOCHTONES (inclus avec une participation limitée) et des ESCLAVES NOIRS (exclus).
· RESTAURATION ET GUERRE CIVILE : La défaite napoléonienne et la RESTAURATION des Bourbons (FERDINAND VII) en 1814 entraînent l'ABROGATION DE LA CONSTITUTION DE CADIX. Cela déclenche une GUERRE CIVILE dans les colonies entre CRÉOLES LOYALISTES (alliés aux armées métropolitaines) et CRÉOLES INDÉPENDANTISTES.
· DES PROJETS POLITIQUES DIVERGENTS : Chez les indépendantistes, différents projets s'affrontent : INDÉPENDANCES NATIONALES (ex. Provinces-Unies du Rio de la Plata, 1816 ; Chili, 1818) versus une FÉDÉRATION PANAMÉRICAINE (la "GRANDE COLOMBIE" de SIMÓN BOLÍVAR, 1819-1830).
· UN HÉRITAGE HIÉRARCHIQUE : Ces révolutions créent des États a priori "nationaux", mais ils restent profondément marqués par des HIÉRARCHIES SOCIALES héritées de la période coloniale (entre créoles, autochtones et esclaves affranchis).
· L'EXCEPTION BRÉSILIENNE (1822) : L'indépendance du Brésil se fait SANS RÉVOLUTION SOCIALE majeure. Elle est proclamée par le Prince du Portugal, qui fait SÉCESSION et devient empereur du Brésil, une nouvelle entité politique IMPÉRIALE.
262.3 Contre-révolutions et réorganisation des empires
L'émergence de la question nationale provoque des réactions contre-révolutionnaires.
· LE CONSULAT ET L'EMPIRE NAPOLÉONIEN (1799-1815) : Napoléon réprime les soulèvements dans les colonies françaises et tente de rétablir l'esclavage (sauf à Haïti, qui résiste).
· LE CONCERT EUROPÉEN (CONGRÈS DE VIENNE, 1815-1818) : Après la défaite napoléonienne, les grandes puissances européennes (Autriche, Prusse, Russie, Royaume-Uni, puis France) mettent en place un système pour gérer l'équilibre des puissances sur le continent et RÉPRIMER LES RÉVOLTES ET RÉVOLUTIONS, tant dans les métropoles que dans les dépendances.
· EFFETS CONTRASTÉS SUR LES EMPIRES : L'EMPIRE ESPAGNOL est considérablement réduit, ne conservant que Cuba, Porto Rico et les Philippines.
· L'EMPIRE BRITANNIQUE, fort de sa victoire et de la perte d'une partie de ses colonies nord-américaines, se RÉORIENTE VERS L'AFRIQUE ET L'ASIE.
· Les ÉTATS-UNIS, après leur indépendance et la fin des restrictions britanniques, émergent comme une NOUVELLE ORGANISATION POLITIQUE IMPÉRIALE, dont l'expansionnisme se tourne d'abord vers l'ouest du continent nord-américain.
· Le ROYAUME DE FRANCE, réintégré dans le Concert européen, relance un projet de nouvelle expansion coloniale, débutant par la CONQUÊTE DE L'ALGÉRIE en 1830
271. Apogée et domination européenne (1885‑1904)
Entre 1885 et 1904, l’Europe atteint un sommet de sa domination mondiale, parfois appelé l’apogée du “concert européen”.
Cette période se caractérise par :
1. Une EXTENSION territoriale MAXIMALE : presque tout le continent africain est partagé entre puissances européennes (Grande-Bretagne, France, Allemagne, Belgique, Portugal, Italie, Espagne)
2. Une puissance ÉCONOMIQUE et INDUSTRIELLE incontestée : production de masse, chemins de fer, télégraphes, infrastructures portuaires et maritimes. Les métropoles européennes DOMINENT le COMMERCE mondial et contrôlent les FLUX FINANCIERS INTERNATIONAUX (ex. Londres comme centre bancaire global)
3. Une Domination MILITAIRE : supériorité TECHNOLOGIQUE avec la mitrailleuse, les canons à longue portée et les navires de guerre cuirassés.
Exemple concret : le Royaume-Uni gouverne ~400 millions de personnes sur 50 millions de km², tandis que la France contrôle ~33 millions de sujets sur 10 millions de km²
4. Dimension culturelle : DIFFUSION du DROIT, de la LANGUE, de la religion (CHRISTIANISME), et des modèles éducatifs européens. La « mission civilisatrice » est utilisée pour justifier la colonisation.
282. La “ruée vers l’Afrique” et la Conférence de Berlin (1870‑1885)
Après 1870, les puissances européennes multiplient les expéditions et acquisitions en Afrique.
Facteurs :
Économiques : recherche de MATIÈRES PREMIÈRES (caoutchouc, ivoire, coton, métaux).
Stratégiques : contrôler les ROUTES maritimes, PORTS et points de passage (ex. canal de Suez 1869).
Politiques : RIVALITÉS nationales, PRESTIGE impérial
Les initiatives sont parfois PRIVÉES, comme L’ASSOCIATION INTERNATIONALE AFRICAINE de Léopold II, qui exploite le Congo avec un régime extrêmement brutal.
Conférence de Berlin (1884‑1885) :
Objectif : organiser la colonisation africaine et ÉVITER les CONFLITS entre PUISSANCES EUROPÉENNES
Résultats : RECONNAISSANCE de l’État indépendant du Congo (mais sous contrôle personnel de Léopold II), définition de RÈGLES pour la Conquête des territoires et L’administration coloniale.
293. Caractéristiques de l’impérialisme européen
CONTINUITÉS par rapport aux siècles précédents : EXPLOITATION ÉCONOMIQUE, COLONIES DE PEUPLEMENT, diffusion de la LANGUE et des INSTITUTIONS.
Discontinuités :
Violence EXTRÊME et SYSTÉMATIQUE : massacres, famines, travail forcé.
Nouvelle distinction juridique : DIFFÉRENCIATION STRICTE entre citoyens européens et sujets coloniaux, avec des DROITS INÉGAUX.
Exemples :
Congo belge : 10 millions de morts par travail forcé et famines.
Répression herero et nama (Namibie, 1904‑1908) : génocide par l’armée allemande.
304. Commerce et impérialisme
Le commerce est un OUTIL D’EXPANSION et de DOMINATION : imposer des MARCHÉS CAPTIFS et EXPLOITER des ressources naturelles.
Exemples :
Guerres de l’opium (1839‑1842, 1856‑1860) : la Chine est forcée D’OUVRIR SES PORTS au commerce britannique, CÉDANT Hong Kong et acceptant des TRAITÉS INÉGAUX.
Les RÉVOLTES locales (Cipayes 1857, Boxers 1899‑1901) montrent la résistance à l’exploitation économique imposée par la force.
315. Répressions et violences coloniales
La colonisation s’accompagne de violences MASSIVES sur les populations civiles :
Seconde guerre des BOERS (1899‑1902) : CAMPS DE CONCENTRATION, ~28.000 civils boers et 20.000 civils noirs morts
Répression herero et nama (1904‑1908) : génocide organisé par l’armée allemande, ~65.000 Hereros et 10.000 Namas tués
Congo belge : massacres, famines et travail forcé entraînent ~10 millions de morts
Ces violences sont souvent liées à L’EXTRACTION ÉCONOMIQUE INTENSIVE, la PEUR DE LA RÉBELLION et le RACISME COLONIAL.
326. Conflits mondiaux et fin du concert européen
La Première guerre mondiale (1914‑1918) et la Seconde guerre mondiale (1939‑1945) bouleversent l’ordre mondial :
MOBILISATION TOTALE des populations et des ressources économiques.
Les civils deviennent des CIBLES (bombardements, famine, génocide).
EFFONDREMENT DES EMPIRES russe, austro-hongrois, allemand et ottoman.
Après 1945, le centre de gravité du pouvoir se déplace vers États-Unis et URSS, amorçant la guerre froide
337. Transferts impériaux et décolonisation partielle
Les anciennes colonies ALLEMANDES et OTTOMANES passent sous MANDATS de la SDN, sans souveraineté complète.
Les dominions BRITANNIQUES (Canada, Australie, Afrique du Sud, Nouvelle-Zélande) obtiennent la pleine souveraineté avec le Statut de WESTMINSTER (1931).
L’URSS devient une puissance globale après 1922, amorçant une confrontation bipolaire avec les États-Unis.
348. Décolonisation et indépendances (après 1945)
Les anciennes colonies deviennent indépendantes :
Asie : Inde et Pakistan (1947), Indonésie (1949), Malaisie (1957).
Afrique du Nord : Algérie (1962).
Afrique subsaharienne : Ghana (1957), Congo, Rwanda, Burundi (1960).
Afrique australe : Zimbabwe (1980).
Fanon : différence entre “décolonisation” (concession partielle) et “indépendance” (affirmation complète de la souveraineté).
359. Autodétermination et ONU
La Charte de l’ONU (1945) consacre le droit des peuples à L’AUTODÉTERMINATION.
Le mouvement PANAFRICAIN (ex. Kwame Nkrumah, Ghana 1957) soutient l’émancipation des États africains.
La décolonisation entraîne souvent VIOLENCES et GUERRES CIVILES : Algérie, Kenya (Mau Mau), Congo (assassinat de Lumumba, 1961).
3610. Mouvement des non-alignés (1955‑1961)
Conférence de BANDUNG (1955) : 23 pays d’Asie et 6 pays d’Afrique ; NEUTRALITÉ face à la guerre froide, soutien à la DÉCOLONISATION.
Conférences suivantes (BRIONI 1956, BELGRADE 1961) : officialisation du Mouvement des non-alignés.
Objectifs : désarmement NUCLÉAIRE, lutte contre le RACISME, nouvel ORDRE ÉCONOMIQUE mondial.
3711. Guerre froide et conflits indirects
Phases principales :
1949‑1969 : blocus de Berlin, guerre de Corée, crise de Cuba, OTAN, Pacte de Varsovie.
1969‑1979 : détente, Vietnam, Ostpolitik, accords SALT.
1979‑1986 : seconde guerre froide, Afghanistan, euromissiles, Reagan
1986‑1991 : fin de la guerre froide, Gorbatchev, glasnost, chute du mur de Berlin, dissolution URSS.
Conflits indirects : Vietnam, Algérie, Indochine, Afghanistan, guerres arabo-israéliennes.
38Dans un système international anarchique (absence de gouvernement mondial), pourquoi les États créent-ils des OI qui limitent leur souveraineté ?
Les OI sont des modalités de COOPÉRATION formelle, MULTILATÉRALE (au moins 3 États) et INTERGOUVERNEMENTALE. Le paradoxe est que dans un monde de purs rapports de force, les États CHOISISSENT volontairement de s'engager dans des institutions pour COOPÉRER sur une variété de sujets, RÉGULANTS ainsi collectivement des processus qui DÉPASSENT leurs frontières.
39Que sont les organisations internationales (définitions) ?
Définition maximaliste : Toute COOPÉRATION FORMELLE à l'échelle internationale impliquant des ACTEURS d'au moins TROIS ÉTATS DIFFÉRENTS (inclut les acteurs non-étatiques comme les firmes).
Définition minimaliste (utilisée dans le cours) : Coopération formelle INTERGOUVERNEMENTALE à l'échelle internationale impliquant au moins TROIS ACTEURS ÉTATIQUES.
Caractéristique commune : Elles tendent à disposer d'un GROUPE DE FONCTIONNAIRES PERMANENTS dédiés à leur administration, organisés au sein d'un secrétariat.
40Quelles sont les origines des OI et leur rôle dans la régulation de la mondialisation au 19e siècle ?
Les premières OI émergent au 19e siècle pour réguler les CIRCULATIONS TRANSFRONTIÈRES (biens, personnes, information) liées à la mondialisation.
Exemples :
1815 : Commission centrale pour la navigation du Rhin (CCNR), créée au Congrès de Vienne pour standardiser les règles fluviales.
À partir de 1850 : Multiplication des UNIONS PUBLIQUES INTERNATIONALES (UPI) comme L'UNION TÉLÉGRAPHIQUE INTERNATIONALE (1865) ou L'UNION POSTALE UNIVERSELLE (1874). Leur fonction est d'harmoniser les standards techniques et réglementaires, principalement entre États européens et industrialisés.
41Comment la coopération diplomatique en matière de paix et sécurité a-t-elle évolué avant la SDN ?
CONGRÈS DE VIENNE (1815) : Instaure un MULTILATÉRALISME INFORMAL(système de congrès) entre grandes puissances pour maintenir l'équilibre européen. Ce n'est pas une OI car non institutionnalisé.
Conférences de La Haye (1899, 1907) : Tentative d'instaurer un système multilatéral global. Elles adoptent des CONVENTIONS SUR LE DROIT DE LA GUERRE et créent la COUR PERMANENTE D'ARBITRAGE (CPA), posant les bases du DROIT INTERNATIONAL.
42Qu'est-ce que la Société des Nations (SDN) et quelles sont ses innovations et limites ?
SDN (1919-1946) : Première OI GÉNÉRALISTE dédiée à la PAIX et la SÉCURITÉ
Innovations : Structure avec ASSEMBLÉE (tous membres), CONSEIL RESTREINT (puissances), SECRÉTARIAT PERMANENT (fonction publique internationale) et COUR DE JUSTICE. Elle inaugure la DOCTRINE DE SÉCURITÉ COLLECTIVE (renonciation à la guerre, défense collective, système de sanctions)
Limites :
1. Incapacité politique : Échec face aux AGRESSIONS des grandes PUISSANCES (ex: Japon en Mandchourie).
2. Système des MANDATS : Perpétue le colonialisme via la "MISSION SACRÉE DE CIVILISATION", autorisant les TRANSFERTS impériaux. Cependant, elle ouvre un DEBAT international en contraignant les puissances à RENDRE DES COMPTES.
43En quoi le cas de la Palestine mandataire illustre-t-il l'imbrication entre OI, impérialisme et question nationale ?
Territoire ottoman confié à la Grande-Bretagne par la SDN en 1922. Il illustre les PROMESSES CONTRADICTOIRES de l'empire britannique (révolte arabe, accords Sykes-Picot avec la France, déclaration Balfour pour un "foyer national juif")
Contexte : Éveil du nationalisme arabe (Nahda) et émergence du sionisme comme nationalisme européen (Congrès de Bâle, 1897), dans un contexte de montée de l'antisémitisme politique en Europe.
44Quel est le contenu et l'impact du Mandat pour la Palestine (1922) ?
Le Mandat de la SDN :
Incorpore la déclaration Balfour, légitimant l'établissement d'un "foyer national juif" sans mentionner nommément les populations arabes (90% de la population).
Reconnaît l'Organisation sioniste comme "organisme juif convenable" pour collaborer avec l'administration.
Facilite l'immigration juive et l'établissement sur les terres.
Cette légitimation institutionnelle transforme une lutte nationale en un conflit pour le contrôle de la terre, exacerbé par l'augmentation de l'immigration juive (notamment après 1933).
45Comment la gestion impériale britannique a-t-elle exacerbé le conflit en Palestine ?
Recours aux intermédiaires : Utilisation du mouvement sioniste (Haganah) comme supplétif, et création du poste de Grand mufti de Jérusalem (islamisation de la question) pour contrer le boycott arabe.
Répression : Répression violente de la révolte arabe (1936-39) avec l'aide de la Haganah, décimant les élites arabes.
Conséquences : La Nakba (Catastrophe) de 1948, avec la disparition de la Palestine, la création d'Israël et l'exode de centaines de milliers de Palestiniens. Le cas montre que le conflit trouve son origine dans une lutte nationale et territoriale moderne, non dans un antagonisme ancestral.
Thème 4 : La régulation de l'économie mondiale après 1945
46Quel est le système de Bretton Woods et quel est son objectif ?
Accords de Bretton Woods (1944) : Création d'un système monétaire international pour réguler l'économie mondiale et éviter les catastrophes (crise de 1929).
Caractéristiques : Changes fixes ajustables, dollar US comme seule monnaie convertible en or.
Principe : "Libéralisme enchâssé" (embedded liberalism) : un ordre économique libéral mais fortement encadré par les États pour permettre des politiques interventionnistes (État-providence).
Fin : En 1971, les USA suspendent la convertibilité du dollar en or, menant à un système de changes flottants (accords de la Jamaïque, 1976).
47Quels sont les rôles du FMI et de la Banque mondiale dans ce système ?
Fonds Monétaire International (FMI) : Créé pour maintenir la stabilité monétaire.
Rôle : Prêter aux États en difficulté de balance des paiements.
Conditionnalité : Les prêts sont assortis de programmes économiques (politiques d'ajustement structurel, austérité). Le vote est pondéré par la contribution financière (dominé par les pays riches).
Banque mondiale : Composée de la BIRD et de l'IDA.
Rôle : Fournir des prêts et dons pour le développement.
BIRD : Prêts aux pays solvables (financement via marchés privés).
IDA : Dons et crédits sans intérêts aux pays les plus pauvres (financement via États donateurs). Son aide est également conditionnée à des préconisations économiques.
48Qu'est-ce que le GATT et comment a-t-il évolué vers l'OMC ?
GATT (1947, Accord général sur les tarifs douaniers et le commerce) :
Ce n'est pas une OI (pas de personnalité juridique), mais un forum permanent de négociation.
Objectif : Libéraliser les échanges via la réduction des tarifs douaniers selon trois principes : nation la plus favorisée, transparence, et consolidation.
OMC (1994, Organisation mondiale du commerce) :
Devient une OI à part entière.
Innovation : Création d'un Organe de règlement des différends (ORD) quasi-judiciaire pouvant sanctionner les États.
Critiques : Accusée de libre-échangisme nuisible aux pays en développement et aux droits sociaux.
Thème 5 : L'Organisation des Nations Unies (ONU)
49Qu'est-ce que l'ONU et comment corrige-t-elle les défauts de la SDN ?
Création : 24 octobre 1945 par la Charte des Nations Unies (51 États fondateurs).
Corrections apportées à la SDN :
1. Division claire des tâches : Un Conseil de sécurité (exécutif, décisions contraignantes) et une Assemblée générale (délibérative, recommandations non contraignantes).
2. Capacités coercitives : Dotée de moyens pour faire respecter ses décisions (sanctions économiques, actions militaires sous chapitre VII).
50Comment fonctionnent les principaux organes de l'ONU ?
Conseil de sécurité (UNSC) : 15 membres (5 permanents avec droit de veto : Chine, France, Russie, Royaume-Uni, USA). Prend des décisions contraignantes. Chapitre VI (règlement pacifique), Chapitre VII (actions coercitives).
Assemblée générale (UNGA) : Tous les États membres, 1 vote chacun. Adopte des recommandations non contraignantes.
Secrétariat : Dirigé par le Secrétaire général (Antonio Guterres). Environ 37 000 fonctionnaires. Gère l'administration et joue un rôle diplomatique (Art. 99).
Cour internationale de Justice (CIJ) : Règle les différends juridiques entre États (avec leur consentement).
ECOSOC : Coordonne l'action économique et sociale de l'ONU.
51Comment le rôle de l'ONU en matière de paix et sécurité a-t-il évolué ?
Pendant la Guerre froide : Blocage du Conseil de sécurité par les vetos. Contournement par des missions de maintien de la paix (peacekeeping, non prévues par la Charte) et des mandats donnés à des coalitions (ex: Corée).
Après la Guerre froide : Élargissement de la conception de la sécurité (de la sécurité collective à la sécurité humaine). Émergence des concepts de peace enforcement (imposition de la paix) et de peacebuilding (consolidation de la paix), questionnant le principe de non-ingérence.
52Quel est le rôle économique et social de l'ONU ("le système des Nations unies") ?
L'ONU dépasse le cadre de la paix et sécurité pour agir sur les questions socio-économiques via ses agences spécialisées et programmes (le "système des Nations unies"). Exemples :
Forum pour le développement : Le Groupe des 77 et la CNUCED (1964) contestent l'ordre libéral.
Lutte contre la pauvreté : PNUD (1965), Objectifs du Millénaire (2000), Objectifs de développement durable (2015).
Environnement : Rôle central via la CCNUCC (1992) et les COP.
Thème 6 : Prolifération et diversité des OI
53Pourquoi le nombre d'OI a-t-il proliféré après 1945 ?
1. Nouveaux domaines techniques (prolongement des UPI) : OACI (aviation civile), etc.
2. Création d'agences spécialisées sous l'égide de l'ONU : UNESCO, FAO, HCR.
3. Guerre froide : Création et duplication d'OI par les deux blocs (OCDE vs CAEM).
4. Régionalisation : Ligue arabe, Conseil de l'Europe, CECA, OUA.
5. Enjeux thématiques : OPEP, Francophonie.
54Comment les OI sont-elles créées et quelles sont leurs formes diverses ?
Création :
1. Par traité/convention (ex: Charte de l'ONU).
2. Par émanation (le plus fréquent) : Une OI parente en crée une nouvelle par un simple vote (ex: CNUCED créée par l'AG de l'ONU).
Diversité :
Tripartisme : L'OIT inclut représentants des États, syndicats et employeurs dans la prise de décision.
Supranationalité : L'Union européenne (UE) est la seule organisation supranationale, capable d'adopter des lois à effet direct dans les États membres.
Forums informels : Formes de multilatéralisme sans secrétariat permanent (G7, G20, BRICS).